L’homme au masque de fer

Mis à jour : 17 juin 2020

Le prisonnier sans visage


La légende de l’homme au masque de fer est l’une des plus célèbre de l’histoire de France. Le mystère entourant l’existence de ce prisonnier d’exception à fait couler beaucoup d’encre et ne cesse d’intriguer. Si l’identité de ce dernier n’a toujours pas été révélée, les hypothèses ne sont pas peu nombreuses. Il en existerait une cinquantaine voire plus. Nous traiterons dans cet article de celles qui me semble les plus plausibles, ce qui exclut un grand nombre d’entre elles.


Au départ, les récits autour de « l'homme masqué » jouent un rôle dans la propagande contre Louis XIV. Des agents des Pays-Bas font courir le bruit selon lequel le prisonnier aurait été un ancien amant de la reine mère et le vrai père du roi, faisant ainsi de Louis XIV un roi illégitime. Ces hypothèses avaient ainsi pour but de ternir le rayonnement du Roi Soleil, ce qui n’a pas vraiment l’air d’avoir fonctionné. Mais alors, Le Masque de fer était-il le frère jumeau de Louis XIV, ce qui aurait expliqué qu'on cache son visage autant que son nom ? Le fils de Louis XIV et de Louise de La Vallière? Un fils indésirable d'Anne d'Autriche? Le duc de Beaufort? ou encore Molière ? C’est n'est pas ce que nous allons tenter de découvrir, d’autres plus expert que moi ont tenté et n’ont trouvé que des suppositions que nous allons voir ensemble.


Une part d’ombre sous le lumineux tableau du règne du roi Soleil


Le 4 septembre 1687, sous le règne de Louis XIV (1645-1715), une gazette janséniste, mentionne que monsieur de Saint-Mars, geôlier du roi, aurait conduit « par ordre du roi » un prisonnier d'État au fort de l’île Marguerite, en Provence, prison la plus sûre d’Europe. Il est indiqué que : « Personne ne sait qui il est ; il y a défense de dire son nom et ordre de le tuer s'il l'avait prononcé ; celui-ci était enfermé dans une chaise à porteurs ayant un masque d'acier sur le visage, et tout ce qu'on a pu savoir de Saint-Mars était que ce prisonnier était depuis de longues années à Pignerol, et que les gens, que le public croient mort, ne l'est pas. ». D’autres mentions du prisonnier mystérieux ont été faites mais revenons en à l’essentiel. Pourquoi cette intrigue fait autant parler et qui est l’homme dont on ne doit pas voir le visage ?!

Un homme sans nom et sans visage mais pourtant connu de tous


Certains ont suggéré qu'il s'agissait du Duc de Beaufort cousin germain de Louis XIV, un prince qui participa à plusieurs conspirations contre Richelieu puis Mazarin et qui fut l'un des chefs de la Fronde, avant de se réconcilier avec la monarchie. On se rappelle de la prise de Saint Germain lors de l’enfance du petit Louis. D’autres pensent que l'homme au masque de fer serait Nicolas Fouquet, ancien surintendant des finances de Louis XIV, tombé en disgrâce pour avoir osé bâtir un château d’une splendeur sans nom, considéré comme plus beau que celui même du Roi Soleil. Il a été emprisonné sur le motif de détournement de fond à des fins personnelles. Officiellement, Fouquet est mort d'une attaque d'apoplexie à Pignerol à 65 ans le 23 mars 1680, sept ans avant l'arrivée du Masque de fer sur l'île Sainte-Marguerite. Cependant, cette date serait fausse et correspondrait à la mort d’Eustache Danger, codétenu qui servait de valet à Fouquet. Son corps aurait ainsi été donné pour celui du surintendant. Cette mise en scène aurait été organisée par Colbert et Louvois afin d'empêcher la libération de Fouquet, qui était sur le point d'obtenir sa grâce. Ces derniers avaient en effet œuvré à sa perte, ils pouvaient donc à juste titre redouter sa vengeance. Les historiens sont unanimes à reconnaître qu'aucune recherche n’a permis de retrouver sa dépouille, que ce soit à Pignerol ou dans la crypte familiale des Fouquet au Couvent des dames de Sainte-Marie, rue Saint-Antoine à Paris. Quant à Saint-Mars, il n'a jamais confirmé la mort de Fouquet, et a suggéré sa survie au travers de sous-entendus : en 1687, il déclare que son prisonnier est quelqu'un que "le public croit mort et qui ne l'est pas " Néanmoins, si Fouquet avait été le Masque de fer, il aurait eu 88 ans au moment de sa mort à la Bastille en 1703, ce qui est beaucoup pour l'époque, même pour un prisonnier bénéficiant d'un traitement de faveur.

Pour certains pamphlétaires, le masque aurait été le châtiment infligé par Louis XIV aux amants de sa femme, Marie-Thérèse d'Autriche. D'après une hypothèse, l'homme au masque aurait été Nabo, un page pygmée qui aurait eu une liaison avec la reine, ou alors serait la fille née de cette liaison. Je doute fort que Louis XIV ait eu suffisamment d’empathie pour garder l’enfant de l’adultère de sa femme, ou son amant, et encore moins qu’il l’ait traité avec tant d’égard.

Une légende politisée


La légende s’est forgée autour de détails qui ne semble être avérés, et la politique s'en est emparée. En effet, Voltaire fait de ce prisonnier un symbole de l'absolutisme monarchique. Il le caractérise par le port de ce masque de fer, reflet de l’autorité du roi et de la main de fer avec laquelle il tient le royaume. Cependant, des sources antérieures décrivent un masque de tissu ou de velours, rien à voir avec le masque que dépeint Voltaire « Le menton du masque était constitué de ressorts en acier, permettant au prisonnier de manger sans le retirer », « On avait ordre de le tuer s'il se découvrait. ». De plus, le masque n’aurait été porté par le prisonnier que lors de ces transports.

Le philosophe des Lumières lui a par ailleurs consacré une partie du chapitre XXV du Siècle de Louis XIV publié en 1751. Il y affirme que le personnage a été arrêté en 1661, année de la mort de Mazarin, et dépeint un prisonnier traité comme un homme de qualité « son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire et pour les dentelles. ».

Cet homme n’est pas n’importe qui… Il doit certainement connaître un sujet de la plus haute importance… Mais pourquoi ne pas lui ôter la vie… Cela aurait été plus simple, mais son rang ne soit pas le permettre. Ce masque cacherait ainsi le visage d’un homme connu de tous, ou dont les traits rappelleraient celui d’un autre… L'homme au masque de fer aurait été un frère jumeau de Louis XIV et, ou encore un frère aîné, que, Anne d’Autriche et Mazarin auraient écarté du trône et élevé dans un lieu secret jusqu'à ce dernier. Louis XIV aurait alors découvert cette affaire à la mort du cardinal.

La problématique du jumeau repose dans le fait qu’à l'époque le fait de savoir quel était l'« aîné» de jumeaux était une question à laquelle la réponse n’était pas simple: était-ce celui ayant vu le jour en premier ou celui qui, voyant le jour en second, aurait , « été conçu » en premier. Si un tel cas s'était présenté, le jumeau régnant aurait eu un grave problème de légitimité. Cacher l’un des deux enfants aurait été la solution idéale. Cela expliquerait aussi pourquoi ce prisonnier aurait été traité avec tant d’égard. Alexandre Dumas s'empare de la description faite par Voltaire et s'en inspire pour un personnage secondaire dans son livre Le Vicomte de Bragelonne (publié en plusieurs épisodes de 1847 à 1850). La fin de ce dernier volet de la série de romans Les Trois Mousquetaires se concentre sur l'homme au masque de fer. Il s'agirait de Philippe, frère jumeau de Louis XIV, qui, étant né avant lui, il compromettrait la légitimité de son frère. Cette hypothèse gagne du terrain au cours du 20e siècle, lorsque plusieurs célèbres films hollywoodiens présentent l'histoire d'un frère jumeau mis sous les barreaux de façon injuste.

D’un point de vue plus actuel, la saison 3 de la série Versailles présente l'homme au masque de fer comme le père naturel de Louis XIV et du duc Philippe d'Orléans, ce qui remet en doute la légitimité du roi Soleil qui serait un enfant illégitime.

Une disparition scellant ce mystère


La naissance de cet homme, son existence et sa mort sont des secrets d’état. Comme si la vie lui avait été donnée et retirée dans le plus grand des silences. Ce qui atteste de l’existence de cet homme masqué, est le registre d'écrou de la prison, tenu par le lieutenant Étienne du Junca. Il y est indiqué que le 19 novembre 1703, est mort à la Bastille un prisonnier : « Du même jour, lundy 19 novembre 1703, ce prisonnier inconnu, toujours masqué d'un masque de velours noir, que M. de Saint-Mars, gouverneur, avait amené avecque luy, en venant des illes Sainte-Marguerite, qu'il gardoit depuis longtemps, lequel s'étant trouvé un peu mal en sortant de la messe, il est mort le jour d'hui sur les dix heures du soir [...] et ce prisonnier inconnu gardé depuis si longtemps a été enterré le mardi à quatre heures de l'après-midi, 20 novembre dans le cimetière Saint-Paul, notre paroisse ; sur le registre mortuère on a donné un nom aussi inconnu que M. de Rosarges, major, et M. Reil, chirurgien, qui ont signé sur le registre. » avec cette adjonction en marge : « J'ai appris depuis qu'on l'avoit nommé sur le registre M. de Marchiel, qu'on a payé 40 livres d'enterrement. » On peut noter que ce registre d’époque mentionne un masque de velours noir et non un masque de fer.

En 1769, dans son Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité dans l'histoire, le père Griffet (1698-1771) donnait les précisions suivantes : « Le souvenir du prisonnier masqué s'était conservé parmi les officiers, soldats et domestiques de cette prison, et nombre de témoins oculaires l'avaient vu passer dans la cour pour se rendre à la messe. Dès qu'il fut mort, on avait brûlé généralement tout ce qui était à son usage comme linge, habits, matelas, couvertures ; on avait regratté et blanchi les murailles de sa chambre, changé les carreaux et fait disparaître les traces de son séjour, de peur qu'il n'eût caché quelques billets ou quelque marque qui eût fait connaître son nom.»

Ainsi, ce qui reste de cet homme sans visage et sans nom, n’est que le bruit de commérages et de suppositions. Les personnes ayant connu son identité ont emporté ce secret avec elles laissant le doute planer. D'après une tradition communiquée par Mme d'Abrantès à Paul Lacroix, Napoléon aurait désiré vivement connaître le secret de l'énigme. Il ordonna des recherches qui restèrent sans résultat Louis XV aurait été le dernier à connaître l’identité du détenu. Ce secret fait ainsi encore beaucoup parler mais nous laisse tous dans le flou le plus grand.

Et pour vous, qui se cache sous ce masque ?


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